LES MOTS D'ANOUK

LES MOTS D'ANOUK

Passionnés de lecture, Anouk Taché et David Strosberg partagent avec nous leur amour des livres. Dans un dialogue ils échangent leurs idées et leur intérêt pour les ouvrages qu'ils nous présentent.

Radio Judaica

Passionnés de lecture, Anouk Taché et David Strosberg partagent avec nous leur amour des livres. Dans un dialogue ils échangent leurs idées et leur intérêt pour les ouvrages qu'ils nous présentent.

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"Un Livre" de Fabrice Gaignault

Quand la littérature devient une question de vie ou de mort.

Dans cet ouvrage consacré à Primo Levi, l’auteur explore une forme extrême de radicalité : celle de la littérature comme expérience vitale.

À Auschwitz, alors que sa mort semble déjà écrite, Primo Levi reçoit un roman : Remorques de Roger Vercel. Le livre lui est donné avec une phrase terrible, presque ironique :
« Tu m’en reparleras quand tu l’auras terminé. »

Autrement dit : il n’ira pas jusqu’au bout.

Et pourtant, ce livre devient un lien. Lire permet à Primo Levi de retrouver, fugitivement, une langue, des images, une mémoire. Pendant ces moments de lecture, quelque chose se suspend : la condamnation, la peur, l’idée même de mourir.

À travers ce récit, se révèle la puissance de la littérature. Les mots peuvent redonner forme au monde, offrir un refuge, une respiration. Ils permettent de penser, de résister, parfois même de survivre.

C’est sans doute le message le plus bouleversant que porte ce livre : même dans les ténèbres les plus profondes, la littérature peut demeurer une lumière.

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"L'Académie des Secrets" de Joachim Olender

Il y a des rencontres qui comptent sans faire de bruit. Joachim Olender est de celles-là.

J’ai découvert son cinéma avec La Collection qui n’existait pas , autour de la collection d’Herman Daled.

Un cinéma déjà très attentif à la manière de filmer les choses, aux silences, aux détours, à ce qui se transmet sans s’exposer frontalement.

Avec L’Académie des secrets, il ne s’agit ni d’un récit historique ni d’une chronologie.

Le film revient sur un temps de création partagé, autour de l’écrivain et critique d’art Jean-Louis Schefer, et sur ce que peut être une communauté de pensée.

Un espace fait de conversations, d’amitiés intellectuelles, de circulation d’idées abordé de manière poétique et réflexive, ouverte au spectateur.

Quand je l’ai rencontré, j’ai retrouvé exactement cette impression.

Un homme qui explique, avec clarté et générosité, mais qui écoute tout autant.

Un homme profondément passionné par ce qu’il fait, et dont la parole ne cherche jamais à s’imposer.

Dans ses films comme dans la rencontre, on se sent invité, mais aussi tenu à distance.

Rien n’est donné immédiatement.

Il y a un pas de côté, une retenue. Et puis cette dimension très poétique, presque fragile incarnée aussi par la présence du chien, figure discrète, sensible, qui traverse le film comme un contrepoint silencieux.

Un cinéma esthétisant au sens noble : attentif aux formes, aux rythmes, à la façon dont une image peut penser sans expliquer.

Un film qui ne se referme pas.

Un film à aller voir.

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"Trace" de Geneviève Damas

L’histoire pose une question essentielle :
comment échapper à son destin quand on est né du mauvais côté des choses ?

Le roman suit une jeune fille en lutte permanente.
D’un côté, la tentation de l’argent facile, celui qui arrive vite et promet une sortie immédiate. De l’autre, un don un vrai qui lui ouvre peut-être une autre voie.

Une possibilité de se sauver, non pas en fuyant, mais en allant quelque part. En construisant.

Ce que Geneviève Damas raconte avec une justesse rare, c’est cette zone trouble où tout se joue : entre survie et désir, entre renoncement et ambition, entre ce qui semble accessible et ce qui demande du temps, de la confiance, du courage.

Autrice, réalisatrice, metteuse en scène, Geneviève Damas est une figure très appréciée du monde artistique belge, et ce n’est pas un hasard. Sa façon de parler de la jeunesse est profondément nuancée, jamais caricaturale.
Elle en saisit les contradictions, les failles, les élans avec beaucoup d’humanité.

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“L’Imparfait” d’Éric Reinhardt

Fasciné par la figure d’Hermaphrodite, Éric Reinhardt va s’attacher à lui rendre sa nature profonde et sa sensualité en entremêlant le récit de sa nuit à la Galleria Borghese et le roman d’une histoire d’amour entre Gloria, chanteuse, réincarnation contemporaine d’Hermaphrodite, et Bruno, dentiste désenchanté exerçant au Puy-en-Velay. Comblant ensemble leur mélancolie et leur mal-être, Gloria et Bruno expérimentent la complexité de la notion de genre et la possibilité d’un amour hors normes.

A lire !